Hello tout le monde! 😀 Je suis de retour pour parler d’un sujet qui fait beaucoup de bruit depuis pas mal de temps et dont j’avais Ă©galement envie de parler. Pour les vacances de carnaval, j’ai sautĂ© sur l’occasion pour enfin traiter de ce sujet qui pose problĂšme depuis bien plus longtemps qu’on ne le pense: Le blackface. 😼

C’est un dĂ©bat qui remonte Ă  tellement loin, a plus d’un siĂšcle au minimum, avec, notamment le personnage tristement cĂ©lĂšbre d’une piĂšce de thĂ©Ăątre, Jim Crow, interprĂ©tĂ© par Thomas D. Rice, un blanc amĂ©ricain, en 1832, qui pour le rĂŽle se grimait en noir.

Dans les annĂ©es 20, c’Ă©tait dans un film que l’on pouvait retrouver ce type de procĂ©dĂ©. Al Johnson se dĂ©guisait pour tenir le rĂŽle du « chanteur de Jazz ».

Aujourd’hui, certains se demandent encore en quoi de tels dĂ©guisements posent problĂšmes. Pourquoi n’aurait-on pas le droit de se dĂ©guiser en un personnage d’une autre ethnie/culture, juste le temps d’un sketch ou d’une soirĂ©e, voir mĂȘme d’un cortĂšge (comme le pĂšre fouettard qui puni les enfants mĂ©chants)?

Etant moi-mĂȘme, une personne de couleur, je sais en quoi ce genre de dĂ©guisements peut heurter la sensibilitĂ©. Cependant, dans certains cas, je trouve que le blackface a rĂ©ussi Ă  mettre en avant des histoires qui en valaient vraiment la peine. Je pense notamment Ă  un cas en particulier qui est arrivĂ© Ă  rĂ©vĂ©ler en quoi le blackface n’est pas un jeu! En effet, Je pourrais chercher indĂ©finiment Ă  essayer de trouver les mots justes pour vous le faire comprendre mais comme bien souvent, je prĂ©fĂšre vous prĂ©senter un rĂ©cit…

Ainsi, j’en viens Ă  expliquer plus en dĂ©tail le choix de la photo principale de cet article. C’est en rĂ©alitĂ© l’affiche d’un film, « Soul man », sorti en 1986 et rĂ©alisĂ© par Steve Miner.

blackface

Pourquoi parler de ce film, en particulier? Parce que je l’ai vu durant mon enfance et malgrĂ© les critiques, essentiellement portĂ©e sur le fait que l’acteur soit grimĂ© en noir, je ne peux en revanche pas contester l’originalitĂ© de ce film et le fond de l’histoire.

En rĂ©alitĂ©, ce n’est qu’une comĂ©die. Pourtant, ce film aurait pu avoir une intrigue plus tragique. Cela dit, il n’en reste pas moins que pour l’Ă©poque, l’histoire reste audacieuse et permet de mettre en lumiĂšre la problĂ©matique de ce phĂ©nomĂšne…

Le film se prĂ©sente comme suit. Mark est un garçon de 18 ans, blanc, riche et gĂątĂ©. Ce dernier vient d’apprendre qu’il a Ă©tĂ© acceptĂ© Ă  l’universitĂ© de Harvard. Malheureusement pour lui, son pĂšre trouve qu’il a reçu trop de privilĂšges et qu’il est grand temps pour lui d’apprendre Ă  se dĂ©brouiller sans son argent. C’est ainsi qu’il lui laisse la lourde tĂąche de payer ses Ă©tudes lui-mĂȘme.

Cela signifierait donc pour lui de devoir prendre un job Ă©tudiant en plus de ses Ă©tudes, devoir faire un prĂȘt qu’il devra rembourser alors que son pĂšre a largement les moyens de tout payer. Pour Mark, il en est hors de question!

C’est ainsi que lui vient l’idĂ©e de demander une bourse d’Ă©tude pour pouvoir continuer « à se la couler douce » plutĂŽt que de faire ce que son pĂšre attend de lui. Et il en trouve une de disponible que personne n’a reçue dans son Etat. Le hic, c’est qu’elle est prĂ©vue pour un afro-amĂ©ricain.

Mark s’imagine alors que la bourse ne manquera Ă  personne s’il la demande mais se rendant compte qu’il s’agit d’une fraude, il ne peut se contenter de spĂ©cifier sa couleur lors de sa demande. Il lui faudra de ce fait se dĂ©guiser en noir!

Son meilleur ami s’inquiĂšte un peu pour lui mais Mark « gĂšre » la situation lui rappelant que l’esclavage est terminĂ© et que les noirs disposent dĂ©sormais des droits civiques en AmĂ©rique! A part le fait qu’il sera noir, il ne devrait vivre aucune diffĂ©rence par rapport Ă  avant…

D’ailleurs, tout semble bien commencer pour lui. Il rencontre une jolie fille et s’inscrit Ă  un cours de droit donnĂ© par un afro-amĂ©ricain, dont il est persuadĂ© que ce dernier va se montrer indulgent envers lui car ils sont « frĂšres de couleurs ». Mis Ă  part avoir entendu une blague raciste entre 2 Ă©tudiants, que lui-mĂȘme n’a pas jugĂ© utile de s’offusquer, son annĂ©e se prĂ©sente sous les meilleurs hospices.

Cependant, tous ces prĂ©jugĂ©s qu’il avait en tĂȘte sur la condition des afro-amĂ©ricains vont petit Ă  petit tomber en miette… De Mark, il va progressivement devenir Marcus… Et bien oui! Il a beau rĂ©pĂ©ter Ă  tout le monde qu’il s’appelle Mark, les Ă©tudiants qu’il rencontre s’entĂȘtent Ă  l’appeler Marcus! Plus il avance dans l’annĂ©e et plus, il s’aperçoit que d’ĂȘtre noir n’est pas aussi facile qu’il le croyait. Entre les insultes et remarques racistes qu’il reçoit au quotidien, sans oublier les coups, la police et j’en passe, on comprend aisĂ©ment pourquoi Ă  la fin de l’histoire, lorsque les « deux rigolos » du dĂ©but s’Ă©changent une Ă©niĂšme blague raciste, Mark voit rouge et leur colle un pain Ă  tous les deux en reprenant la mĂȘme excuse qu’eux « C’est juste une blague, hein?!« 

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Mais, c’est surtout la conclusion qu’il fait de cette expĂ©rience qui dĂ©montre tout l’intĂ©rĂȘt de ce film et qui explique en fin de compte pourquoi une telle pratique n’est pas un jeu: « Non, je n’ai pas compris ce que pouvait vivre un noir, rĂ©pond Mark Ă  son professeur, parce que moi, je pouvais en sortir quand je voulais« …

Dans la mĂȘme veine, un autre film avait Ă©galement dĂ©noncĂ© ce genre de pratique en 2008. Sous forme de satyre, Ben Stiller, le rĂ©alisateur de « Tonnerre sous les tropiques » voulait mettre en avant ce qui n’allait pas dans le milieu du cinĂ©ma, dont notamment, le blackface via l’acteur Robert Downey JR.

La rĂ©ponse que le pseudo « rappeur-comĂ©dien » Alpa Chino lui fait est si cinglante qu’elle tranche avec le cĂŽtĂ© burlesque du film. Il lui rappelle qu’alors mĂȘme que pour un film oĂč il aurait justement fallu un acteur noir
pour tenir le rĂŽle, on en vient une fois encore Ă  trouver le moyen d’engager un acteur blanc…

Je ne tiens pas Ă  dire pour autant que le blackface est quelque chose d’acceptable selon certaines conditions. Cependant, j’ai particuliĂšrement apprĂ©ciĂ© que certains rĂ©alisateurs aient mis en lumiĂšre cette tendance Ă  des Ă©poques oĂč la majoritĂ© ne rĂ©alisait pas encore en quoi cela posait un problĂšme. 🙂

Il n’est donc pas seulement question qu’une telle pratique pourrait donner l’impression d’une simple moquerie mais se dĂ©guiser en une personne d’ethnie diffĂ©rente suppose que le temps d’un instant, on s’amuse Ă  donner l’impression de provenir d’une autre ethnie sans en subir les consĂ©quences car on sait que le lendemain, tous nos privilĂšges seront retrouvĂ©s…

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Miles Davis, légende du Jazz

Le dĂ©sespoir ou blues vĂ©hiculĂ© par la musique afro-amĂ©ricaine et qui a rĂ©ussi Ă  conquĂ©rir le coeur de personnes du monde entier tient au fait qu’un noir ne peut en AUCUNE façon JAMAIS sortir de cette condition!

MĂȘme une cĂ©lĂ©britĂ© noire peut continuer Ă  subir le rejet de la sociĂ©tĂ© alors qu’elle est supposĂ©e avoir rĂ©ussi Ă  s’en sortir. Ainsi, Miles Davis, cĂ©lĂ©britĂ© du Jazz pourtant, s’est vu tabassĂ© par des flics alors qu’il fumait une cigarette avant de donner son concert. Ces derniers ne l’ont tout simplement pas reconnu…

Il est difficile de trouver cela amusant lorsque des individus, vivant dans une sociĂ©tĂ© oĂč un noir n’est pas considĂ©rĂ© comme le bienvenu, trouvent encore le moyen de s’amuser de ce dĂ©sarroi… 🙁 C’est pour cette raison que l’on ne peut se mettre dans la peau d’une autre ethnie, mĂȘme pour le temps d’un film car tu ne peux t’approprier toute une culture. C’est d’autant plus dĂ©licat si l’ethnie en question a souffert et souffre encore d’un rejet de la sociĂ©tĂ©, mĂȘme en Ă©tant le meilleur acteur du monde…

Cette idĂ©ologie a ainsi provoquĂ© une tendance que les autres ethnies dĂ©plorent encore: « Les blancs peuvent tout jouer, pourquoi, alors, engager une personne de couleur? » Evinçant, de ce fait, systĂ©matiquement les autres couleurs, on se retrouve avec une surreprĂ©sentation d’une seule d’entre elles qui tiendra toujours les rĂŽles principaux, qu’importe l’origine de l’histoire, sous prĂ©texte qu’elle est « universelle« . L’excuse par excellence des producteurs et rĂ©alisateurs Hollywoodiens.

C’est de cela dont parlait le pseudo rappeur « Alpa Chino » Ă  Robert Downey Jr, dans le film « Tonnerre sous les tropiques« .

VoilĂ , je sais que cet article est un peu long, comme d’habitude. Mais je tenais Ă  essayer de prĂ©senter un point de vue complet sur ce phĂ©nomĂšne qui est Ă©galement trĂšs important Ă  mes yeux. Je remercie ceux qui ont prix la peine de le lire jusqu’au bout et espĂšre qu’il vous Ă  plu. 🙂

A bientĂŽt les loulous ^^

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